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10.10.2007
Libéralisme

Le libéralisme est une doctrine (et même une idéologie) philosophique, économique et politique, et c’est évidemment comme tel qu’il doit être étudié et jugé. Comment le caractériser rapidement ?
Philosophiquement, le libéralisme est avant tout une doctrine individualiste, dont les racines sont à rechercher du coté de la pensée nominaliste, laquelle prétend « qu’il n’y a pas d’être au-delà de l’être singulier » (ou « au-delà des êtres singuliers dont chacun est absolument un »). Son postulat est que l’individu est premier par rapport à la société – premier en importance, mais aussi premier « chronologiquement » : la société naîtrait de manière contractuelle, sous la forme d’un pacte rationnel auquel des individus souscriraient librement, mais aussi conditionnellement, de manière à maximiser leurs avantages. Plusieurs conséquences s’en déduisent aussitôt : que l’individu est titulaire de droits tenant à sa nature propre, et donc antérieurs à la formation du corps social ; que ces droits sont « inaliénables et imprescriptibles », en sorte que tous pouvoir qui ne les regarde pas comme tels est illégitime ; que la société n’est rien d’autre que l’effet de composition résultant de l’addition de stratégies individuelles visant « naturellement » à la recherche rationnelle du meilleur intérêt, et que c’est comme telle qu’on peut le mieux l’analyser et la comprendre, etc. On voit donc ici s’entremêler toute une série de thèmes – rationalisme, utilitarisme, universalo-égalitarisme, etc. – qui sont récurrents dans la pensée libérale. Ce sont ces thèmes qui ont fourni à la modernité ses fondements conceptuels et qui constituent encore aujourd’hui le soubassement d’une idéologie dominante fondée sur la théorie des droits , la souveraineté de l’individu, le parlementarisme libérale, etc.
Sur la plan politique, le libéralisme est la doctrine qui divise la société en un certain nombre de « sphères », et qui prétend que la « sphère économique » doit être rendue autonome vis-à-vis du pouvoir politique […].
Titulaire de libertés et de droits qu’il ne tient d’aucune appartenance commune, l’individu est alors posé comme une « personne séparée » essentiellement mue par une démarche égoïste dont on assure qu’elle contribue au bonheur de tous. Parallèlement le pouvoir politique est réduit à la portion congrue : il garantit l’observance des règles du jeu, c'est-à-dire l’affrontement concurrentiel des intérêts, et se doit de rester muet sur les valeurs, qu’il rabat sur le privé. Ce pouvoir politique n’est évidemment plus souverain. Il en résulte que l’individu peut socialement faire tout ce qu’il veut, pour autant qu’il n’interfère pas avec la liberté d’autrui, ce qui l’exposerait aux sanctions prévues par la loi. Comme le respect de la loi n’a rien à voir avec la morale, toute préoccupation éthique disparaît du même coup.
Ma position est exactement à l’inverse de celles que je viens d’énumérer.
L’homme est pour moi un « animal social », dont l’existence est consubstantiel à celle de la société. Le droit n’est pas d’abord affaire de titre, mais de mesure, c'est-à-dire qu’il ne se définit que comme un rapport d’équité entre des personnes vivant en société : il n’y a donc aucun titulaire de droits hors de la vie sociale, et dans celle-ci il n’y a que des attributaires. La vie économique représente, non une sphère, mais une dimension de la vie sociale, que toute société traditionnelle place de surcroît au plus bas niveau de son échelle de valeurs. Le politique est le lieu de la souveraineté et de la légitimité. La société n’est pas l’addition des atomes individuels qui la composent mais, dans une perspective « holiste », un corps collectif dont le bien commun prime, sans les supprimer sur les seuls intérêts des parties. L’éthique implique qu’on ne recherche jamais d’abord son intérêt personnel, mais qu’on contribue aux solidarité organiques qui renforcent le lien social. L’appartenance citoyenne fait, de même, obligation aux personnes d’œuvrer d’abord au bien commun. La liberté ne se définit pas comme la possibilité d’échapper à l’autorité politique ou de se soustraire à la vie publique, mais comme la possibilité d’y participer ».
A. de BENOIST, C'est-à-dire, vol. II, Paris, Associations des amis d’A. de Benoist, 2006, p. 95-97.
Philosophiquement, le libéralisme est avant tout une doctrine individualiste, dont les racines sont à rechercher du coté de la pensée nominaliste, laquelle prétend « qu’il n’y a pas d’être au-delà de l’être singulier » (ou « au-delà des êtres singuliers dont chacun est absolument un »). Son postulat est que l’individu est premier par rapport à la société – premier en importance, mais aussi premier « chronologiquement » : la société naîtrait de manière contractuelle, sous la forme d’un pacte rationnel auquel des individus souscriraient librement, mais aussi conditionnellement, de manière à maximiser leurs avantages. Plusieurs conséquences s’en déduisent aussitôt : que l’individu est titulaire de droits tenant à sa nature propre, et donc antérieurs à la formation du corps social ; que ces droits sont « inaliénables et imprescriptibles », en sorte que tous pouvoir qui ne les regarde pas comme tels est illégitime ; que la société n’est rien d’autre que l’effet de composition résultant de l’addition de stratégies individuelles visant « naturellement » à la recherche rationnelle du meilleur intérêt, et que c’est comme telle qu’on peut le mieux l’analyser et la comprendre, etc. On voit donc ici s’entremêler toute une série de thèmes – rationalisme, utilitarisme, universalo-égalitarisme, etc. – qui sont récurrents dans la pensée libérale. Ce sont ces thèmes qui ont fourni à la modernité ses fondements conceptuels et qui constituent encore aujourd’hui le soubassement d’une idéologie dominante fondée sur la théorie des droits , la souveraineté de l’individu, le parlementarisme libérale, etc.
Sur la plan politique, le libéralisme est la doctrine qui divise la société en un certain nombre de « sphères », et qui prétend que la « sphère économique » doit être rendue autonome vis-à-vis du pouvoir politique […].
Titulaire de libertés et de droits qu’il ne tient d’aucune appartenance commune, l’individu est alors posé comme une « personne séparée » essentiellement mue par une démarche égoïste dont on assure qu’elle contribue au bonheur de tous. Parallèlement le pouvoir politique est réduit à la portion congrue : il garantit l’observance des règles du jeu, c'est-à-dire l’affrontement concurrentiel des intérêts, et se doit de rester muet sur les valeurs, qu’il rabat sur le privé. Ce pouvoir politique n’est évidemment plus souverain. Il en résulte que l’individu peut socialement faire tout ce qu’il veut, pour autant qu’il n’interfère pas avec la liberté d’autrui, ce qui l’exposerait aux sanctions prévues par la loi. Comme le respect de la loi n’a rien à voir avec la morale, toute préoccupation éthique disparaît du même coup.
Ma position est exactement à l’inverse de celles que je viens d’énumérer.
L’homme est pour moi un « animal social », dont l’existence est consubstantiel à celle de la société. Le droit n’est pas d’abord affaire de titre, mais de mesure, c'est-à-dire qu’il ne se définit que comme un rapport d’équité entre des personnes vivant en société : il n’y a donc aucun titulaire de droits hors de la vie sociale, et dans celle-ci il n’y a que des attributaires. La vie économique représente, non une sphère, mais une dimension de la vie sociale, que toute société traditionnelle place de surcroît au plus bas niveau de son échelle de valeurs. Le politique est le lieu de la souveraineté et de la légitimité. La société n’est pas l’addition des atomes individuels qui la composent mais, dans une perspective « holiste », un corps collectif dont le bien commun prime, sans les supprimer sur les seuls intérêts des parties. L’éthique implique qu’on ne recherche jamais d’abord son intérêt personnel, mais qu’on contribue aux solidarité organiques qui renforcent le lien social. L’appartenance citoyenne fait, de même, obligation aux personnes d’œuvrer d’abord au bien commun. La liberté ne se définit pas comme la possibilité d’échapper à l’autorité politique ou de se soustraire à la vie publique, mais comme la possibilité d’y participer ».
A. de BENOIST, C'est-à-dire, vol. II, Paris, Associations des amis d’A. de Benoist, 2006, p. 95-97.
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