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06.11.2007
Sophie
Pour Sophie

Onnousaproposé( et on insiste) un héros et un exemple pour le jeunesse française : Guy Môquet .
Essayons donc de situer, avec exactitude, et en dehors de toute manipulation, le personnage. La clé, pour comprendre, se trouve dans la poche de Prosper…
Prosper Môquet, le père de Guy, était l’un des 72 députés du Parti communiste élus à l’Assemblée nationale le 3 mai 1936. Cheminot et député communiste, il était alors déporté au bagne de Maison-Carrée en Algérie.
En mai 1935, Staline avait signé un traité de coopération avec le gouvernement droitier de Laval, acceptant la politique militaire française et appelant le PCF à voter pour le budget militaire. Cette alliance du PCF stalinien avec l’impérialisme français se poursuivit sous le gouvernement de Front populaire.
Le Front populaire se composait du Parti communiste, du Parti socialiste et du Parti radical, un parti bourgeois. Il liait la classe ouvrière à la bourgeoisie et s’opposait au développement d’une perspective internationaliste indépendante. Son premier geste avait été d’empêcher que la grève générale de mai-juin 1936 ne se développe en une insurrection révolutionnaire.
Le 30 septembre 1938, Neville Chamberlain, représentant la Grande-Bretagne et Édouard Daladier représentant la France, et tous deux partisans de la politique d’apaisement, signèrent les Accords de Munich. Ils donnèrent ainsi aux nazis le feu vert pour envahir la Tchécoslovaquie. Au lieu d’essayer de mobiliser la classe ouvrière mondiale contre cette alliance impérialiste, Staline procéda à une alliance préventive de son cru : le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939.Moins d’un mois plus tard, le 20 septembre 1939, le komintern de Staline informait le PCF de sa nouvelle ligne politique : les partis communistes ne devaient pas soutenir la guerre contre l’Allemagne déclarée par la France et la Grande-Bretagne suite à l’invasion de la Pologne par Hitler.
Ce que les staliniens avaient auparavant qualifié de guerre de « défense nationale » était à présent qualifié de « guerre impérialiste. » Le Parti communiste devait donc s’y opposer suivant cette ligne politique, puisque l’Allemagne avait fait une alliance avec l’Union soviétique. Dans le journal l’Humanité du 26 septembre 1940, le PCF critiquait sévèrement la résistance gaulliste qu’il accusait de « va-t-en-guerre avec la peau des autres » et dénonçait « la volonté commune des impérialistes d’entraîner la France dans la guerre, du côté allemand ou du côté adverse sous le signe d’une prétendue résistance à l’oppresseur. »
André Marty, membre dirigeant du PCF et secrétaire de l’Internationale communiste stalinienne, envoya le 4 octobre 1939 une lettre à Léon Blum, membre du gouvernement Daladier, critiquant son soutien à la guerre : « L’actuelle guerre européenne est une guerre provoquée par deux groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre ; par conséquent, les ouvriers, les paysans, n'ont rien à voir dans cette affaire. »
En conséquence, le président Édouard Daladier décréta le 26 septembre 1939 la dissolution du PCF. Il fit interner un grand nombre de ses membres et députés, dont Prosper Môquet. Prosper, arrêté le 10 octobre 1939 fut jugé par un tribunal militaire en avril 1940 et condamné à cinq ans d’emprisonnement. Il fut déporté en mars 1941 à la prison de Maison-Carrée en Algérie.
Les nazis envahirent la France le 10 juin 1940 et le maréchal Pétain signa l’armistice, douze jours plus tard. Le Parti communiste, qui ajustait sa politique aux besoins de la diplomatie soviétique, avait été interdit et un grand nombre de ses dirigeants emprisonnés par ses anciens alliés du Front populaire. Prosper Môquet fut donc emprisonné, non pas pour ses activités anti-nazies, comme l’affirme le PC dans sa déclaration du 21 mai 2007... au contraire !
Le parti stalinien s’opposait à la guerre contre l’Allemagne fasciste. En effet, le père de Guy Môquet fut officiellement condamné pour « intelligence avec l’ennemi » ... d'où cette phrase écrite dans la dernière lettre de Charles Michels, député communiste de la Seine fusillé avec Guy: "tu vois, chérie, comme la vie est drôle: déchu pour complicité avec l'Allemagne, je suis aujourd'hui fusillé par des soldats de ce pays".
Une recherche faite par deux journalistes, Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, en 2006, dans les archives municipales de Paris, a mis à jour des notes rendant compte de négociations entre le PCF, dirigé par Maurice Tréand, et Otto Abetz, représentant de Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères nazi. Ces notes révèlent que les émissaires de Staline n’hésitaient pas à essayer d’entrer dans les bonnes grâces de l’occupant Nazi. Tréand, sous la direction du secrétaire du comité central du PCF, Jacques Duclos, essaya d’obtenir des nazis l’autorisation de publier le journal du PCF, l’Humanité. Les négociations durèrent de juin à août 1940. Tréand présenta ainsi ses arguments : « Pour l'URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous... Nous ne ferons rien contre vous. » Attaquant les capitalistes anglais et leurs alliés français, Tréand fait référence au « Juif Mandel » ! Georges Mandel était le dernier ministre de l’Intérieur avant l’occupation nazie.
Tréand mentionne par trois fois le « Juif Mandel » qui a « fusillé des ouvriers qui sabotaient la défense nationale ».
Voici l’extrait du texte écrit pas Duclos et présenté aux autorités allemandes : « L'Humanité publiée par nous se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte franco-soviétique, qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable.»
C’est dans ce contexte qu la police française arrêta et emprisonna Guy Môquet, âgé de 16 ans, le 13 octobre 1940. La France était occupée, mais il fallut attendre encore neuf mois avant que l’invasion nazie de l’Union soviétique ne mette fin au pacte hitléro-stalinien. Après l’occupation de Paris par les Allemands et la mise en place du gouvernement de Vichy, Guy fit passionnément campagne, collant des papillons qui dénonçaient le nouveau gouvernement et exigeaient la libération des internés, l’un d’entre eux étant, bien sûr, son propre père…
Avec l’invasion nazie de l’Union soviétique le 22 juin 1941, le PCF fit une nouvelle volte-face, et adopta à nouveau sa position d’antifascisme de Front populaire au lieu de sa position d’anti-impérialisme, et entra dans une alliance avec la résistance gaulliste, avec pour but le rétablissement d’un régime bourgeois après la Libération plutôt qu’une république socialiste ouvrière…Ainsi, les trotskistes seront victimes des communistes staliniens. L'affaire la plus célèbre a lieu le 27 octobre 1943 : cinq militants trotskistes seront exécutés dans le maquis Wodli, en Haute-Loire, par des résistants communistes, parce qu’ils refusaient la dérive nationaliste du "À chacun son boche !", se voulant internationalistes, prônant la fraternisation avec les travailleurs allemands sous l'uniforme, et organisant avant tout un travail en direction des soldats allemands…
De même, déporté à Buchenwald en 1944, David Rousset, un des fondateurs du Parti Ouvrier Internationaliste (POI), devra cacher son appartenance au courant trotskiste et se présentera comme communiste dans la ligne du PCF… pour survivre.
Alors Guy Môquet héros et exemple pour le jeunesse française ? Héros à n’en point douter ! Mais les fascismes eurent aussi leurs jeunes « héros »…Lucien Kermarat 16 ans de la division SS Charlemagne -Front de l’Est- Emmano Bondati 15 ans Bersaglieri- frontière italo-yougoslave- …
Nous avons, quant à nous, une autre proposition ... Sophie Scholl : Jeune fille allemande, chrétienne du groupe la rose blanche.
Le groupe de résistance, la Rose blanche, est fondé à la faculté de Munich, en 1942. Sophie s’y agrège à la fin de cette année, cependant que le père, dénoncé pour avoir dit du mal de Hitler, fait quelques mois de prison. Au début de 1943, à l’époque de Stalingrad, le groupe lance une campagne de tracts. Les textes, d’une haute tenue, reconnaissent que le nazisme a habilement trompé les gens et ne leur reprochent pas leur passivité, mais leur font un devoir de réagir :
Liberté et honneur ! Pendant dix longues années, Hitler et ses partisans nous ont rebattu les oreilles de ces deux mots, comme seuls savent le faire des dilettantes, qui jettent aux cochons les valeurs les plus hautes d’une nation. L’effusion de sang qu’ils ont répandue dans l’Europe, au nom de l’honneur allemand, a ouvert les yeux même au plus sot. Nous nous dressons contre l’asservissement de l’Europe par le national-socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d’honneur.
Telles sont les dernières lignes du dernier tract que Hans et Sophie jettent du haut d’un escalier de la faculté le 18 février 1943. Ils sont rapidement jugés, torturés ( des fonctionnaires de police, exaspérés de ne pas obtenir de Sophie tout ce qu’ils souhaitaient, se transformèrent en tortionnaires. En effet, c’est avec une jambe brisée que l’étudiante paraîtra devant ses juges) et décapités quatre jours plus tard. Il est vrai que le jet de tracts et l’arrestation avaient eu lieu le jour même de son célèbre discours au Reichstag sur la « guerre totale », destiné à reprendre les esprits en main après le désastre de Stalingrad. Le soir même de l’exécution, les étudiants de Munich furent réunis dans un grand auditorium pour une « affirmation de fidélité au Führer ». Ils entendirent un discours de leur « chef de Gau », affirmant que les condamnés étaient des « isolés » dont les « agissements criminels ne devaient absolument pas être généralisés ». Il n’empêche : le régime avait choisi de donner du retentissement à l’affaire qui, par là, jouait son rôle dans l’évolution de la conscience de chacun. L’honneur gâté par tant d’hommes était sauvé par la tranquille simplicité d’une jeune fille, très consciente de ses effets. En effet, si Hans a été l’initiateur, c’est Sophie qui déploie alors le plus de sérénité et un humour froid parfois digne de Jeanne d’Arc. Au juge qui lui demande si elle regrette ses actes, elle dit qu’elle serait prête à les rééditer, « car c’est vous qui avez la mauvaise vision du monde ». À sa mère qui, lors d’une dernière visite, lui dit qu’elle devra penser au Christ, elle répond : « Oui, mais toi aussi ! » et surtout elle lui dit, à propos de son exécution : « Cela va faire du bruit ! »
Cela en fit, malgré la censure, et cela en fait toujours. Il existe près de Ratisbonne un monument appelé le Walhalla, une sorte de Panthéon de l’histoire allemande où l’on trouve non des corps mais des bustes. Commandé par Louis Ier de Bavière et inauguré en 1842, l’édifice honore peu de femmes, essentiellement des princesses. En 2000 apparut une pétition pour « Sophie Scholl au Walhalla ». Elle fut suivie d’effet en 2003, pour le soixantième anniversaire du sacrifice. Le retournement du symbolisme hitlérien par la poignée des étudiants bavarois de 1943 trouvait là une sorte d’aboutissement…
Témoignage d’un des enfants Scholl : « Ensuite, une garde amena Sophie. Elle portait sa robe habituelle, et marchait lentement, calme,droite. Elle ne cessait de sourire,comme si elle regardait le soleil. Elle prit avec plaisir les bonbons que Hans avait refusés.“Ah ! très bien. Je n’avais pas encore déjeuné.” Jusqu’au dernier moment, son comportement fut une splendide affirmation de la vie. Elle aussi avait beaucoup maigri ; mais son visage reflétait une expression admirable de triomphe. Sa peau était fraîche, cela surprit notre mère, et ses lèvres, très rouges et brillantes. “Alors maintenant, dit notre mère, tu ne vas plus jamais rentrer à la maison... - Oh ! Quelques années, maman”, fit-elle. Puis, avec conviction, elle déclara : “Nous avons tout pris sur nous, tout.” Et elle ajouta : “Ça va faire du bruit.” ».
R.E Vu sur le cercle bourgogne: http://cercle-bourgogne.hautetfort.com
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Commentaires
Bonsoir,
En supposant que...merci pour cette étude, et belle nuit. Votre éclairage m'a beaucoup interessé, autant sur G. MOquet que sur Sophie Scholl. Ces faits sont touchants qui rappellent aussi clairement la distinction entre Allemagne et nazisme, et encore, le courage.
Ecrit par : Asterias | 06.11.2007
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