02.06.2008

"Elargir l'OTAN, c'est ériger de nouvelles frontières en Europe, de nouveaux murs de Berlin, invisibles cette fois mais pas moins dangereux"

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, le 30 mai à Paris.
Stéphane Lavoué/MYOP pour "Le Monde"

Extrait de l'interview du Monde du dimanche 1er juin au premier ministre russe: Vladimir Poutine en visite à Paris

En quoi une éventuelle adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN serait-elle une menace pour la Russie ?

Nous sommes opposés à l'élargissement de l'OTAN en général. L'OTAN a été créée en 1949. (…) Son objectif était la défense et la confrontation avec l'Union soviétique, pour se protéger d'une éventuelle agression, comme on le pensait à l'époque. (…) L'Union soviétique n'existe plus, la menace non plus, mais l'Organisation est restée. D'où la question : contre qui faites-vous "ami-ami" ? Admettons que l'OTAN doive lutter contre les nouvelles menaces : la prolifération, le terrorisme, les épidémies, la criminalité internationale, le trafic de stupéfiants. Pensez-vous que l'on puisse résoudre ces problèmes au sein d'un bloc militaro-politique fermé ? Non. (…) Ils doivent être résolus sur la base d'une large coopération, avec une approche globale et non pas en suivant la logique des blocs. (…) Elargir l'OTAN, c'est ériger de nouvelles frontières en Europe, de nouveaux murs de Berlin, invisibles cette fois mais pas moins dangereux. La défiance mutuelle s'installe, c'est néfaste. Les blocs militaro-politiques conduisent à une limitation de la souveraineté de tout pays membre en imposant une discipline interne, comme dans une caserne.

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Nous savons bien où les décisions sont prises : dans un des pays leaders de ce bloc. (…) Nous craignons que l'adhésion de ces pays à l'OTAN ne se traduise par l'installation, chez eux, de systèmes de missiles qui nous menaceront. (…) On parle sans arrêt de la limitation des armements en Europe. Mais nous l'avons déjà fait ! Résultat : deux bases militaires ont émergé sous notre nez. Bientôt il y aura des installations en Pologne et en République tchèque. (…) Je ferai une autre remarque : la démocratie, c'est le pouvoir du peuple. En Ukraine, près de 80 % de la population est hostile à une adhésion à l'OTAN. Nos partenaires disent pourtant que le pays y entrera. Tout se décide donc par avance, à la place de l'Ukraine. L'opinion de la population n'intéresse plus personne ? C'est ça, la démocratie ?

15.05.2008

Menace sur notre capacité militaire, par le général Thomann


“A quelque temps de la sortie du Livre blanc sur la sécurité et la défense, l’inquiétude et le malaise grandissent dans une armée de terre vouée, selon un procédé désormais bien établi, à payer l’essentiel de la note que devra régler une Grande Muette considérée une fois de plus comme une variable d’ajustement de notre politique budgétaire.
(…)
compte tenu du piètre état de nos finances et sous la pression des lobbies aéronautique, naval et nucléaire, les propositions de la commission s’orientent vers une réduction drastique des capacités déjà souvent résiduelles de nos forces terrestres.
On peut à ce propos s’étonner de ce que cette instance ne comporte quasiment pas de militaires pour un sujet qui les concerne directement : cet exercice majeur pour notre futur a sans doute scellé le primat absolu du haut fonctionnaire civil sur son homologue militaire, ravalé au rang de technicien aux avis secondaires. (…)
Ainsi, au moment même où nos amis américains et britanniques, tirant les enseignements des opérations dans lesquelles ils payent le prix du sang, intensifient leur effort de défense au profit de leurs forces terrestres, nous nous apprêtons à prendre le chemin inverse en réduisant leur format et en n’assurant pas le renouvellement de matériels à bout de souffle ; ces derniers ont sans doute le tort de ne pas coûter assez cher pour qu’on en parle dans les instances gouvernantes et industrielles.(…)

Si ces propositions sont suivies, l’armée de terre, qui ne pourra même plus remplir les gradins du Stade de France, sera vouée à jouer les auxiliaires des Anglo-Saxons.

Tout cela n’ira pas sans mal, car l’exemple, payant, de la gendarmerie en 2001 a laissé des traces profondes ; officiers, sous-officiers et soldats accepteront de moins en moins les promesses - non tenues - de lendemains meilleurs tant pour les conditions d’exercice de leur mission que pour leur condition personnelle. Comme ils sont encore disciplinés, nombre d’entre eux, et comme toujours les meilleurs, voteront avec leurs pieds et iront mettre leurs talents au service d’autres causes mieux considérées et plus gratifiantes.(…)

(source: le Monde)